Texte paru dans la plaquette 2005 du CR4C
Les jeunes cyclistes sont souvent à la recherche de « recettes » en vue de progresser. Pour les uns, tout se joue dans l’intersaison, pour les autres, tout dépend de l’alimentation, certains ne jurent que par les « grandes sorties », alors que d’autres encore ne croient qu’en la répétition des compétitions. Le Centre de formation du CR4C Roanne a pour vocation d’invalider l’idée que ces recettes existent : la progression est multifactorielle, et elle relève de la complexité. Pour autant, complexité n’est pas ici synonyme d’opacité : aucune recette donc, mais quelques principes d’entraînement, des règles de préparation, des grandes lignes de planification, des instruments pour capitaliser ses expériences et analyser ses erreurs, des conseils en matière de nutrition, d’hygiène de vie, de récupération…. De proche en proche, d’un stage à l’autre, d’une réunion à l’autre, d’une compétition à l’autre, ou même d’un suivi téléphonique à l’autre, notre ambition est d’organiser les conditions permettant de stabiliser les relations de causes à effets entre ce qui est fait et les résultats obtenus. Ces conditions sont nombreuses, souvent en interaction, parfois difficiles à paramétrer, mais elles existent, et méritent d’être pensées, prévues, communiquées, expliquées. Force est de reconnaître qu’en matière d’entraînement par exemple, nos mentalités sont encore très éloignées de ce qui est déjà bien stabilisé dans d’autres disciplines sportives où à chaque entraînement sont définis des objectifs et des moyens spécifiques. Certes, la planification rigoureuse de l’entraînement demeure assez difficile en cyclisme, en raison notamment des contingences météorologiques ou encore des différences interindividuelles entre coureurs qui roulent ensemble. Néanmoins, même si je réfute la possibilité d’une mise en équation scientifique de la progression, je revendique la rigueur, l’anticipation, la compréhension de ce que l’on fait : trop de coureurs confondent encore rouler et s’entraîner !
Pour autant, rien ne pourra jamais se faire sans la passion pour le cyclisme, sans la très forte envie de pédaler et de gagner. Je regrette à cet égard qu’à force de récompenser un peu vite nos coureurs, on leur apprenne aussi à pédaler pour autre chose que pour leur passion. Alors que cette passion était patente au départ, il arrive que celle-ci disparaisse lorsque les récompenses, aussi, ont disparu. Récompenser trop tôt de jeunes coureurs, c’est instrumentaliser leur pratique sportive, avec le risque à terme de remplacer une motivation par une autre, pour au final, parfois, « tuer » la passion initiale.
Je souhaiterais aussi saluer le travail de tous les clubs formateurs de la région, notamment le Vélo Club Roannais et Cours la Ville Cyclisme, en les remerciant de ne pas considérer les jeunes comme des objets dont ils auraient la propriété. Cela fait plusieurs années que je défends l’idée d’une complémentarité entre les clubs d’un même bassin géographique, afin que toutes les forces constructives soient mises au service des sportifs eux-mêmes, et non au service de stériles rivalités. Humblement, le CR4C n’oublie pas que sans tous les clubs qui oeuvrent, depuis les plus petites catégories, à l’accueil, à l’éducation, et au perfectionnement sportif des jeunes licenciés, nous ne pourrions faire vivre son Centre de formation. Maintenant, si nos liens en amont sont bien établis, il nous reste à construire des relations privilégiées avec une structure professionnelle en aval. Alors seulement le Centre de Formation pourra s’enorgueillir d’être inséré dans un ensemble complet et cohérent. Voilà peut-être l’un des enjeux majeur des prochaines années.
Merci enfin à tous nos partenaires, particulièrement au Conseil Général et à la Ville de Roanne, qui nous aident à miser sur l’avenir. A nous de ne pas les décevoir.
Raphaël LECA
Texte paru dans la plaquette 2006 du CR4C
On entend souvent dire que le cyclisme sur route n’est pas un sport complet. Pourtant, une analyse plus fine des caractéristiques de l’activité et des contraintes qu’elle impose invalide cette opinion un peu grossière. Le cyclisme est en effet une pratique qui sollicite et développe de très nombreuses capacités et qualités. Cela est particulièrement vrai pour la dimension bioénergétique, c’est à dire pour l’ensemble des mécanismes destinés à fournir de l’énergie en vue de produire un mouvement plus ou moins rapide se perpétuant plus ou moins longtemps. Car l’expertise en cyclisme suppose la capacité de fournir un effort de longue durée à intensité moyenne, ou un effort intense sur une durée prolongée (escalade de col, contre-la-montre), un effort de quelques minutes aux limites des capacités de l’athlète (bosse courte à fort pourcentage, final de course), ou encore un effort explosif c’est à dire très court et très intense (attaque, sprint). En réalité, la palette de toutes les catégories d’effort possibles peut être plus ou moins sollicitée lors d’une compétition sur route. D’ailleurs, le rouleur, le grimpeur, le puncheur ou le sprinteur ont parfois particulièrement développé certaines de ces qualités, mais sans jamais complètement délaisser les autres.
Certains pourraient croire alors que la dimension technico-tactique n’est pas décisive dans notre activité, alors qu’elle l’est notamment dans les sports collectifs, de raquette ou de combat. Mais là encore, une analyse moins superficielle laisse entrevoir un certain nombre de conduites qui trahissent la nécessité de lire une situation d’affrontement, interpréter un rapport de force, et finalement prendre une décision. Ainsi le cycliste est-il constamment amené à faire des choix, choix au service de la réussite. Se placer, tracer une trajectoire, suivre une roue, rouler fort ou rester « en dedans », participer à une échappée, porter une attaque, simuler, lancer un sprint, gérer un effort, s’alimenter, rabattre ou resserrer un éventail, ouvrir ou fermer une porte, etc. sont autant de techniques et de tactiques emblématiques de notre sport. Beaucoup de ces actions supposent la capacité de coopérer avec des partenaires et de surcroît, pour rester efficientes, elles exigent parfois la capacité à gérer des émotions et à lutter contre le stress.
Bien sûr, le cyclisme n’est sans doute pas l’activité sportive la plus complète vis-à-vis du développement musculaire : d’autres activités comme la gymnastique ou l’athlétisme incarnent traditionnellement la possibilité d’un développement corporel harmonieux. Néanmoins, les spécialistes de l’optimisation de la performance en cyclisme insistent de plus en plus sur la nécessité de développer l’ensemble des groupes musculaires dans la perspective d’affiner le geste de pédalage, éliminer certains mouvements parasites, améliorer le gainage, prévenir les blessures, ou encore favoriser la respiration à l’effort.
Pourquoi ces considérations un peu théoriques ? Elles me permettent d’appuyer la nécessité d’une formation éclairée pour les jeunes cyclistes. Car l’ensemble des capacités et des qualités que nous venons d’évoquer peuvent être apprises, améliorées, développées ou optimisées. Dès lors le Centre de formation du CR4C trouve une légitimité : organiser de façon un peu rigoureuse et un peu rationnelle l’entraînement de tous les facteurs de la performance. Le cyclisme en a besoin, tant la tradition véhicule encore beaucoup d’idées reçues et d’habitudes désuètes.
Bien sûr, le Centre de formation ne cherche pas à se prévaloir de l’exclusivité de la formation du coureur cycliste : au Club Routier des 4 Chemins, cette formation intervient à un moment donné, en relation avec un amont (les clubs d’un même bassin géographique, et notamment le Vélo Club Roannais) et un aval (les équipes de France, les équipes professionnelles). En toute humilité mais avec volontarisme, notre structure espère aider les jeunes coureurs espoirs à continuer leur progression, sans jamais sacrifier leur formation universitaire ou leur insertion professionnelle. C’est l’esprit que je défends depuis plusieurs années, en synergie avec Gilles Pauchard et Anthony Voldoire, qui sont tout autant impliqués dans la structure de formation du CR4C.
Merci enfin à tous nos partenaires, particulièrement au Conseil Général et à la Ville de Roanne, qui nous aident à miser sur l’avenir. A nous de ne pas les décevoir.
Raphaël LECA
Texte paru dans la plaquette 2007 du CR4C
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C’est quoi former un coureur espoir (19-23 ans) dans une activité comme le cyclisme sur route ?
C’est d’abord bien évidemment le guider dans son entraînement : l’aider à définir ses charges de travail en volume, intensité, et fréquence, l’aider à les planifier opportunément sur l’ensemble de la saison, l’aider à mieux interpréter ses sensations corporelles et à faire un diagnostic de ses qualités, progrès et lacunes, l’aider enfin à exploiter les résultats de tests d’effort (valeurs en seuil anaérobie, zones de travail) et à utiliser avec rigueur et expertise des outils de contrôle de l’exercice physique (cardiofréquencemètres, capteurs de puissance…).
C’est aussi lui offrir un calendrier de compétitions à la fois étendu et pertinent lui permettant d’exprimer ses forces et de travailler ses faiblesses, tout en réalisant une alternance éclairée entre des temps forts et des temps plus faibles, en vue d’entretenir la motivation, et en vue de faire coïncider compétition importante avec état de forme optimal.
C’est profiter de ces compétitions pour l’inciter à progresser sur le plan technico-tactique, c'est-à-dire faire les bons choix, gérer ses efforts opportunément, se placer correctement dans le peloton, observer et jauger ses adversaires, rester concentré… Dans cette perspective, la radiocommunication (« oreillettes ») aujourd’hui largement utilisée permet de rester en liaison avec les coureurs sans mettre en péril leur intégrité physique par un contact direct avec les voitures suiveuses.
C’est l’aider à acquérir un ensemble de connaissances dans le domaine de la méthodologie de l’entraînement, mais aussi la nutrition, la physiologie de l’effort, la récupération, la biomécanique, voire la préparation psychologique… Il ne s’agit pas de constituer un stock de savoirs livresques, mais bien d’acquérir une sorte de bagage culturel minimal permettant de gagner en lucidité, pour mieux comprendre les contraintes et les exigences du coureur cycliste.
C’est le baigner dans une éthique sportive qui rejette toutes les formes de conduites contredisant la loyauté, l’intégrité, la probité et le respect qui doivent restés attachés au sport de compétition. Le cyclisme s’est longtemps englué dans une culture de la triche et du dopage. Il a besoin des Centres de formation pour changer de culture et renverser l’ordre des valeurs, non par un discours « moralisateur », mais pas une « ambiance » beaucoup plus « imprégnante ».
C’est aussi une exigence éthique relative à la façon d’envisager le cyclisme de compétition, notamment face à d’autres choix de vie. C’est pourquoi nous sommes animés par le souci de préserver le plaisir lié à la pratique du sport, tout en donnant la possibilité aux jeunes coureurs de concilier la pratique du cyclisme de haut niveau avec des études, une formation professionnelle, ou une insertion dans le monde du travail.
Finalement, c’est bien sûr accompagner le jeune coureur espoir dans sa progression sur les plans physique, technico-tactique, voire éthique, mais au-delà, c’est l’amener à progresser sur le plan des méthodes pour que de proche en proche, l’ensemble des paramètres de la réussite puisse être pris en charge de façon autonome. De ce point de vue, le meilleur des entraîneurs est celui qui a réuni les conditions pour qu’un jour, il soit devenu quasiment inutile.
Bien sûr, le Centre de formation ne cherche pas à se prévaloir de l’exclusivité de la formation du coureur cycliste : au Club Routier des 4 Chemins, cette formation intervient à un moment donné, en relation avec un amont (les clubs d’un même bassin géographique, et notamment le Vélo Club Roannais) et un aval (les équipes de France et les équipes professionnelles). Ce système de relations s’est d’ailleurs enrichi cette année d’une convention avec le Crédit Agricole, structure professionnelle Pro Tour dirigée par Roger Legeay. Nous sommes très fier de ce partenariat privilégié qui sonne pour nous comme une reconnaissance et la récompense d’un travail mené depuis plusieurs années avec l’ensemble des cadres techniques. Pour autant, nous n’envisageons par cette convention comme un aboutissement, mais bien comme un tremplin et une incitation à faire mieux encore. Je terminerai en soulignant le travail accompli par Gilles Pauchard et Anthony Voldoire, qui sont aussi très impliqués dans la structure de formation du CR4C Roanne.
Merci enfin à tous nos partenaires, particulièrement au Conseil Général et à la Ville de Roanne, qui nous aident à miser sur l’avenir. Nous ferons tout pour être à la hauteur de leur soutien et de leur fidélité.
Raphaël LECA
Texte paru dans la plaquette 2008 du CR4C
Les objectifs du Centre de formation se partagent depuis sa création entre un axe performance, et un axe prévention et insertion.
Concernant le premier axe, celui de l’accès au plus haut niveau, notre structure poursuit sa progression. Nous continuons effectivement à optimiser nos interventions en matière de formation, aussi bien autour du suivi de l’entrainement, que de l’encadrement en compétition. A cet égard, l’arrivée de Jean-Charles Romagny au CR4C confère incontestablement une vraie valeur ajoutée à notre équipe. Grâce à des connaissances et des compétences avérées en matière de préparation physique, Jean-Charles a en effet très rapidement collaboré au suivi de l’entraînement des coureurs.
De plus, nous avons mis en place cette année une lettre d’information bimensuelle appelée « Flash info performance ». Apportant de façon claire des informations en matière d’entrainement, de biomécanique, de nutrition ou de récupération, cette lettre d’information est censée aider les coureurs à comprendre leur fonctionnement à l’effort, à s’alimenter de façon plus éclairée, à récupérer en prévenant le surentrainement, pour finalement continuer à progresser.
Enfin, le club a investi en 2008 dans un système de mesure de la puissance de pédalage de très haut niveau (SRM) permettant de transformer le vélo en un véritable ergomètre utilisable sur le terrain. Cet outil vient compléter les cardiofréquencemètres déjà utilisés par la plupart des coureurs pour contrôler, voire pour planifier leurs entraînements.
Pour autant, c’est sans doute envers le pôle prévention que le Centre de formation innove cette année. Suite à la regrettable affaire de dopage qui nous a affectée, au lieu de subir passivement, nous avons décidé de réagir de façon volontariste et constructive. Dans cette perspective, nous avons rédigé une Charte anti-dopage complétant le règlement intérieur, et dont l’objet est de préciser les contours de notre philosophie en matière d’éthique sportive et de prévention de la santé des athlètes. Il ne s’agit pas d’un instrument de communication censé garantir une virginité d’apparence au CR4C : il s’agit d’un véritable contrat entre le club et les coureurs, contrat reposant sur des engagements réciproques concrets, et pas seulement sur de belles paroles faites d’intentions générales et généreuses.
Concernant les engagements du club, l’article 1.1 précise par exemple que « « dans le cadre d’une protection de la santé des athlètes et en relation étroite avec les médecins du club (docteurs Pierre Bayle et Alain Jonard), le CR4C s’engage à assurer les conditions d’un suivi médical pour tous les coureurs du groupe Elite et du Centre de formation. Dans le cadre d’une convention avec le CHU de St Etienne (sous le contrôle de Mr le docteur R.Oullion) une visite médicale complète avec test d’effort et électrocardiogramme d’effort associée à un minimum de deux prises de sang dans l’année est proposée aux jeunes coureurs du club non pris en charge par le suivi médical longitudinal mis en place par la FFC et classés au-delà de la 300e place. Dans ce cadre strictement règlementé par le secret médical, le médecin pourra proposer un arrêt de travail temporaire au coureur qui présenterait des paramètres biologiques anormaux ». Voilà une action claire, précise et volontariste pour lutter contre le dopage : en nous inspirant du suivi médical longitudinal mis en place par la fédération (et qui incarne un progrès aujourd’hui peu contesté en matière de prévention), nous avons décidé d’étendre ce suivi à tous les coureurs du Centre de formation. Notre projet a été accompagné par les médecins du club, mais aussi par le docteur Roger Oullion, responsable à l’Antenne Médicale de Prévention du Dopage (AMPD) au sein du CHU de St Etienne.
Par cette Charte, nous refusons aussi le défaitisme, et nous restons profondément optimistes : ainsi la conclusion de notre document souligne que « les dirigeants et les cadres techniques sont persuadés qu’il est possible de réussir et de progresser dans le sport jusqu’au plus haut niveau en adoptant sans compromission une pratique saine et respectueuse de la réglementation en vigueur, porteuse de satisfactions personnelles et de fierté individuelle ». La réussite hors norme de Jérôme Coppel, double champion de France en 2007, même s’il n’est qu’au début de sa carrière, nous démontre à tous qu’il est possible d’obtenir des performances de très haut niveau sans compromission et dans le respect des principes d’éthique sportive.
Après avoir été votée à l’unanimité le 1er février 2008 par le bureau et le comité de pilotage du CR4C, par les trois cadres techniques, et par l’ensemble des dirigeants présents, notre Charte est aujourd’hui opérationnelle : tous les tests d’effort ont déjà été réalisés, ainsi que les premières prises de sang.
En matière de dopage, notre philosophie n’a jamais été ni de se taire, ni de rien faire, ni d’accuser les autres, ni d’invoquer la fatalité. C’est bien parce que le dopage existe dans notre sport qu’il est de notre devoir de concevoir des outils de prévention efficaces. Bien sûr, les coureurs disposeront toujours, en matière d’éthique sportive, de leur libre arbitre. Mais nous pensons qu’au-delà des personnalités individuelles et de la force de caractère de chacun, il existe aussi une culture, une atmosphère au sein de laquelle baignent les coureurs. A cet égard, si notre Charte veut s’incarner comme une véritable contre-culture du dopage, elle définit aussi des moyens opérationnels et aujourd’hui reconnus en faveur d’un cyclisme sain.
Nous espérons que notre démarche réussira à rassurer tous ceux qui aiment le vélo, tous ceux qui le soutiennent, ceux qui le font vivre, les plus jeunes qui aimeraient le pratiquer, ainsi que leurs parents. Nous espérons aussi rassurer tous les clubs qui nous entourent et qui se sont engagés dans la formation : envers eux aussi, nous avons des responsabilités. Nous espérons enfin rassurer tous nos partenaires, particulièrement le Conseil Général et la Ville de Roanne, qui nous aident à miser sur l’avenir. Notre Charte anti-dopage est aussi un signe fort pour être à la hauteur de leur soutien et de leur fidélité.
Raphaël LECA